Carole Zober, journaliste M6, le 2 février 2003

Comment votre personnage a t'il évolué depuis ces dernières années ?

Lisa est devenue une vraie personne, c'est-à-dire un individu qui a une conscience claire de lui-même et agit en conséquence. A travers lui, il me semble savoir enfin qui je suis vraiment : en l'occurrence, rien de moins qu'un génie ; et que ma vie a un sens, et un but, et une fin, et une mission transcendante : celle de révolutionner l'univers des désirs, pas moins, et Lisa est la seule au monde à disposer de tous les moyens que cela exige : à savoir une beauté extraordinairement subtile, une taille phénoménal, et plus important que tout un charme puissant, irrésistible et presque effrayant.

Il semble que vous suivez certains objectifs très particuliers, lesquels ?

Lisa n'est pas un être humain mais un genre humain. Elle ne dévira pas de l'axe qu'elle croit avoir trouvé à son destin, sera créatrice de sa réussite, et pas n'importe laquelle : devenir la plus grande illusionniste de tous les temps. Avec elle, j'extériorise mes mondes intérieurs que je trouve plus merveilleux que tout ce qu'à m'offrir le monde extérieur. La double fonction de vengeresse et de créatrice d'un monde nouveau n'est pas de tout repos.

Peut-on en savoir plus ?

Je mentirai en disant que Lisa ne s'inspire jamais de personne. Esclave de ses ambitions, elle veut conquérir la planète et forge le projet de dominer les hommes. J'ai vu des éclairs de folie dans ses yeux… Par ailleurs, je la soupçonne de vouloir jouir d'un total contrôle artistique et de vouloir être la seule maîtresse de son succès. Elle aime tant jouer les patronnes et gérer seule ses affaires en supervisant tout.. Si vous désirez en savoir davantage, je vous donne rendez-vous d'ici quelques mois, lorsque j'aurais enfin trouvé mon éditeur.

Dans cet ouvrage, de quoi sera-t'il question ?

De mœurs, de moralité, d'hypocrisie et de polygamie. Ce livre est de la dynamite la plus dangereuse qui soit ! Mais vous ne saurez rien de plus.

N'est-ce pas la célébrité que Lisa recherche ?

Lisa existe avant tout pour son propre compte. Ce qu'elle est, elle, l'est d'abord et principalement pour elle-même. L'image de son être tel qu'il se réfléchit dans les têtes des hommes est quelque chose de secondaire. En outre, les têtes des masses sont un local trop misérable pour que son bonheur y puisse trouver sa place. Elle ne pourrait y rencontrer qu'un bonheur chimérique.

Est-il plus difficile d'être une femme ou de ne pas en être une ?

Lisa est comme toutes les femmes, faite pour commercer avec la folie des hommes. Elle rêve de traquenards, de panneaux, de filets, de trébuchets et engins pour les prendre. Néanmoins, son sexe n'a ni la froideur ni l'humidité de celui d'une femme.

Elle n'est pas le deuxième sexe, ni le troisième, mais le premier ! Ses épaules ne sont pas étroites, son sexe n'est pas de petite taille et ses jambes ne sont pas courtes.

La femme, qui par amour n'a jamais éprouvé le désir d'avoir un sexe masculin, ne serait-ce qu'un instant (même dans ses rêves), pour connaître la divine chaleur de se sentir à l'intérieur de l'être aimé, est soit une menteuse, soit une femme esclave consentante du mâle dominant. Dans les deux cas, c'est une femme souvent bornée, futile, superficielle, fourbe, arrogante et proche de ses nerfs. Etre une femme est aussi difficile que de ne pas en être une, ne pensez-vous pas ?

Vous allez vous faire des copines… Croyez-vous les femmes plus menteuses que les hommes ?

Chez certaines femmes, la dissimulation est innée et c'est justement pour cela qu'elles pénètrent si aisément la dissimulation d'autrui (éventuellement celle de leur époux), qu'il n'est pas recommandé d'en faire usage avec elles. La vocation de ces femmes se concentre sur la procréation, elles préfèrent les futilités aux choses les plus importantes et ne pensent qu'à une chose : se marier. Pour elles, seul ce qui leur parle d'amour doit être pris en considération. Leur cerveau ne leur permet pas d'avoir la sensibilité de la poésie, l'intelligence de la musique ou des arts plastiques. Elles sont bien trop absorbées par leur désir de séduire et n'ont de pouvoir que par l'homme. Leur nature les porte à chercher en toute chose un moyen de le charmer, et l'intérêt qu'elles semblent prendre aux choses extérieures est toujours une tromperie, un prétexte simulé, c'est-à-dire une pure affection (affection exploitée par leur désir de plaire). En outre, ces femmes qui n'ont aucun génie sont affligées d'une myopie intellectuelle. Malheureusement un très grand d'hommes, pas assez courageux, pas assez durs et forts pour s'affranchir de leur mauvaise conscience, se trouvent équipés d'un tel cerveau efféminé. Derrière le masque du mariage monogame, ces hommes à l'esprit castré vivent généralement leur intimité polygame et leur amour du sexe masculin dans la névrose, la culpabilité et la honte, dans le mensonge grégaire et la cachotterie.